Historique de la broderie

Petite ballade dans le temps.....

A l'age du fer Hallstatt, Marseille fut le berceau de la broderie celte comme en témoignent les tumulus situés à Hachmichele et qui ont permis de constater que l'on utilisait de la soie chinoise pour broder.

 

Aux XII ème, XIII ème et XIV ème siècles, la broderie est recherchée par les personnages les plus puissants d'Europe, tout particulièrement celle d'Angleterre appelée Opus Anglicanum. Parmi les joyaux de cette broderie faite avec des fils d'or, d'argent et de soie, il faut citer : la couverture du livre d'Heures d'Isabeau de Bavière, véritable monument de l'art de broder à cette époque, les chapes de la Passion de la Vierge (cathédrale Saint-Bernard de Comminges), l'Arbre de Jessé (Musée des Tissus de Lyon), les chapes de Montieramey et de Saint Maximin, la présentation de Jésus au Temple (Musée de Cluny) et bien sûr l'importante collection du Victoria et Albert Museum de Londres qui compte de nombreuses chapes, chasubles, manipules … des trésors des cathédrales d'Allemagne, d'Italie, d'Espagne et du Vatican…

 

 

Les brodeurs de Paris sont aussi bien connus. En 1292, un premier texte réglementa leurs activités. Il y avait alors dans la capitale deux cents brodeurs, hommes et femmes en nombre à peu près égal. Il y en aura deux cent soixante en 1316 quand paraîtront les nouveaux statuts de la profession. Dans les fabrications des brodeurs parisiens, essentiellement consacrées au palais et aux costumes civils, citons celle réalisée par le brodeur Gautier de Poullegni en 1316 à l'occasion du couronnement de la reine Jeanne de Bourgogne : une chambre ornée de mille trois cent soixante et un perroquets aux ailes blasonnées des armes de France, de six cent soixante et un papillons portant sur leurs ailes les armes de Bourgogne et plus de sept cents trèfles brodés sur toile de lin en fils d'argent, d'or et de soie. François Michel dit : " Broder fut même, jusqu'à la fin du XVI ème siècle, une branche sérieuse, estimable de la peinture ; l'aiguille, véritable pinceau, se promenait sur la toile et laissait derrière elle le fil teint en guise de couleur, produisant une peinture d'un ton soyeux et d'une touche ingénieuse, tableau brillant sans reflet, éclatant sans dureté ".

 

 

Il était de tradition dans certaines maisons princières comme la première Maison d'Orléans de protéger la profession de brodeurs. Lors de son accession à la couronne, Louis d'Orléans, Louis XII, favorisa par ses commandes les brodeurs de sa bonne ville de Blois comme son épouse Anne, Duchesse de Bretagne favorisa les brodeurs bigoudens. Parmi ceux ci Girard Odin, Esterlin de Dru, Jean Gallant, Guillaume Martin ou la dynastie des Galles. Les dames de la plus haute noblesse brodaient suivant en cela l'usage de la plus lointaine antiquité. Ainsi la reine Catherine de Médicis, épouse de Henri II roi de France, passait " fors son temps, les après dînées à besogner après ses ouvrages de soye où elle était tant parfaite qu'il était possible ".

 

      Au XVIII ème siècle, la broderie se généralisa sur les vêtements et devint surtout l'apanage de l'ameublement : panneaux muraux, majestueux baldaquins, couvertures de lit avec des broderies en chenille de soie, paravents somptueux…

 

La broderie établie à Lyon sera une branche estimable de l'industrie de la soie. Les broderies de Milan et de Venise étaient alors de grande renommée mais excessivement onéreuses. Vers 1778-1780, la broderie devint si importante et célèbre dans le monde entier, tant pour les vêtements d'hommes et de femmes, les bas de soie, les ornements d'église et les étoffes d'ameublement que sur les 20000 personnes que Lyon faisait vivre, il y avait plus de 6000 brodeurs. Les fabricants de Lyon marièrent les chefs-d'œuvre de la navette à ceux de l'aiguille.

 

Pour la composition des broderies on avait recours aux plus célèbres dessinateurs : parmi eux, Philippe de Lasalle qui réalisa, entre autres, cette tenture brodée au point de chaînette sur satin blanc pour le Trianon à Versailles ; Bony, dont le chef-d'œuvre est la tenture entièrement brodée sur fond de satin de soie de couleur en or et en chenille pour le petit salon de l'impératrice Marie-Louise à Versailles, malheureusement elle ne fût jamais mise en place et se trouve au Mobilier National.

La chute de la monarchie, le désastre du Second Empire feront disparaître du costume des fonctionnaires les broderies. Actuellement seules les Académies et particulièrement l'Académie Française, conservent un costume brodé en soie baptisé l'habit vert en raison de ses broderies de feuilles vertes. La désuétude aux XX ème siècle des cérémonials, des cultes fait que les ornements s'appauvrissent pour devenir quasi inexistants. L'église dont le rôle fut essentiel dans certains domaines artistiques (orfèvrerie, broderie…) durant des siècles a rejeté toute cette tradition, qui assurait à de nombreuses ouvrières et ouvriers un juste salaire et enrichissait d'œuvres le patrimoine national. Au nom de l'uniformisation, il est triste de constater que l'on condamne une profession à une quasi-confidentialité.

Les Suisses mécaniseront la broderie avec le métier de Saint-Gall, au XIX ème siècle. Dans la broderie mécanique, il est généralement employé la rayonne (viscose), souvent appelée soie artificielle malgré l'interdiction de la loi. Il est frustrant de nos jours de voir souvent des modèles de Haute Couture curieusement brodés avec cette matière et laissant croire à de la soie naturelle Cependant notons qu'en Afrique le fil de soie naturelle est utilisé pour la broderie à la machine sur les boubous, particulièrement en Mauritanie.

La broderie avec ou sans fil d'or et d'argent, a joué un rôle très important dans tout le bassin méditerranéen et plus particulièrement dans l'Empire Turc.

Les couvertures de cénotaphes, les mouchoirs, les bandeaux, les écharpes, les voiles, les tapis de prières, les vêtements du XVI ème au XIX ème siècle exposés au musée Topkapi Sarayi d'Istanbul constituent une des plus formidables collections mondiales du genre. Son importance est liée aux traditions et aux goûts raffinés des Turcs. Il semble que la broderie fut aussi à la mode aux XIV ème et XV ème siècles à la cour des Mamelouks. La plus ancienne mention de broderies au palais se trouve dans le registre du trésor du Sultan Bâyazit de 1504, où parmi les objets cités figurent des coussins et des traversins brodés de fils de métal ou de soie de couleur.

Les brodeurs employés au palais pouvaient être originaires d'autres contrées (Tabriz, Bosnie, Hongrie, Géorgie) comme le mentionne un registre de 1526. Ces brodeurs avaient une remarquable dextérité. Les broderies d'or étaient exclusivement l'œuvre des hommes comme à Byzance. Les broderies en soie étaient exécutées sur commande par des femmes, soit au harem, soit hors du palais. La réputation des broderies turques s'étendit à toute l'Europe, le sultan offrant aux ambassadeurs ou adressant par ses ambassadeurs aux souverains des tissus brodés (carquois, tapis, selles…).

Au XVIII ème siècle, les nobles de Hongrie et de Transylvanie achetaient à Istanbul différents textiles et broderies. Une des plus remarquables pièces de cette époque est un cadeau adressé à Alphonse de Suède : " un tapis de selle de velours cramoisi brodé de fil d'or avec un motif de feuillages stylisés et de grenades renfermant des petits bouquets ". Lorsque les missions diplomatiques s'établirent au XVIII ème siècle à Istanbul, l'influence européenne imprégna les broderies ottomanes. Comme en Occident, les travaux d'aiguilles (sûzemi en persan) furent très appréciés et ornèrent à profusion aussi bien les vêtements que l'ameublement. Cette mode se prolongera pendant tout l'Empire Ottoman avec un luxe infini (broderies de perles et de diamants).

Les tissus brodés étaient faits en divers lieux, au Palais, en ville, à Istanbul, Edirne, Bursa ainsi que dans d'autres centres réputés comme Aydin, Bandirma, Karaman, Rhodes, Salonique ou en Thrace et en Crète.

 

 

Beaucoup d'autres pays eurent des brodeurs remarquables sur le pourtour de méditerranée : à Bône en Algérie, Fès, Mekhnès, Rabat, Salé, Tétouan, Checaouen et Azemour au Maroc. Les broderies marocaines sont d'origine hispano-mauresque. Celles de Tétouan en sont les meilleurs exemples. Cette origine s'explique par le fait qu'à sa destruction en 1401 par le roi de Castille Henri III, ses habitants furent exilés en Espagne. Après la chute de Grenade en 1492, les réfugiés de Cadiz, Baeza, Almeria dont les tissages étaient célèbres, se réinstallèrent à Tétouan, enmenant avec eux la tradition des broderies hispano-mauresques aux origines coptes et orientales. A Tétouan, il faut adjoindre Fès et Salé. Fès, capitale intellectuelle et raffinée produisit des broderies en soie monochromes sur des tissus fins exécutées à points comptés sur métier. Ces broderies ont une grande similitude, et pour cause, avec celles d'Andalousie. Quant à Salé, elle offre des broderies raffinées. Ce sont des ouvrages à fils comptés, sans envers monochrome ou à deux ou trois tons.

 

La broderie de soie est née à Alger durant les trois siècles de domination ottomane (du XVI ème au XIX ème siècle). D'une surprenante beauté, ces broderies s'exécutent d'après un tracé et à fils comtés sur des métiers à bras. Les décors sont pour la plupart floraux à dominante violette, soit rouge et bleu sur fond d'étamine de lin de couleur bistre. Elles sont destinées au costume ou à la décoration intérieure et furent longtemps l'apanage des femmes de la haute société. Le plus bel exemple de broderie d'Alger conservé en France est le voile de la Vierge de la cathédrale de Chartres appelée : Notre-Dame du Pilier.

 

La broderie en Russie ne peut être évoquée sans parler des magnifiques et somptueuses icônes brodées. C'est au XV ème siècle que débuta l'activité des Stroganov, manufacturiers et hommes d'affaires dont l'apogée aura lieu au XVII ème siècle et dont l'importance culturelle s'étendra sur plusieurs siècles (jusqu'en 1923).

A la fin du XVI ème siècle, naît l'atelier de broderies de Sol'vytchegodsk, berceau de la famille. Avant sa création, les broderies étaient réalisées dans les ateliers du Tsar et de la princesse Eusophine Staritski.

 

L'Atelier des Stroganov était placé sous la direction des femmes de la maison comme le voulait l'ordre social en Russie. Ces femmes étaient l'honneur de la famille et de leur pays. Elles ont pour nom : Euphraxie Feorovna, Eudoxie Nesterovna, Anne Ivanovna Zlobine.

Dés leur création, les ateliers porteront l'art de la broderie à un très haut niveau de beauté. Certaines pièces comme un epitaphios d'un mètre sur deux représentait trois années de travail. Cette broderie était l'art d'une élite et un acte personnel (choix des couleurs, expression du motif). Un acte de foi conçu et réalisé dans un but bien déterminé. Leur intérêt historique et artistique est essentiel. L'apogée de la broderie stroganovienne eut lieu dans la seconde moitié du XVII ème siècle. Toutes ces broderies essentiellement religieuses étaient effectuées sur des tissus de soie avec des fils de soie plats et retordus ainsi qu'avec des fils d'or.

 

 

A l'age du fer Hallstatt, Marseille fut le berceau de la broderie celte comme en témoignent les tumulus situés à Hachmichele et qui ont permis de constater que l'on utilisait de la soie chinoise pour broder.

Aux XII ème, XIII ème et XIV ème siècles, la broderie est recherchée par les personnages les plus puissants d'Europe, tout particulièrement celle d'Angleterre appelée Opus Anglicanum. Parmi les joyaux de cette broderie faite avec des fils d'or, d'argent et de soie, il faut citer : la couverture du livre d'Heures d'Isabeau de Bavière, véritable monument de l'art de broder à cette époque, les chapes de la Passion de la Vierge (cathédrale Saint-Bernard de Comminges), l'Arbre de Jessé (Musée des Tissus de Lyon), les chapes de Montieramey et de Saint Maximin, la présentation de Jésus au Temple (Musée de Cluny) et bien sûr l'importante collection du Victoria et Albert Museum de Londres qui compte de nombreuses chapes, chasubles, manipules … des trésors des cathédrales d'Allemagne, d'Italie, d'Espagne et du Vatican…

Les brodeurs de Paris sont aussi bien connus. En 1292, un premier texte réglementa leurs activités. Il y avait alors dans la capitale deux cents brodeurs, hommes et femmes en nombre à peu près égal. Il y en aura deux cent soixante en 1316 quand paraîtront les nouveaux statuts de la profession. Dans les fabrications des brodeurs parisiens, essentiellement consacrées au palais et aux costumes civils, citons celle réalisée par le brodeur Gautier de Poullegni en 1316 à l'occasion du couronnement de la reine Jeanne de Bourgogne : une chambre ornée de mille trois cent soixante et un perroquets aux ailes blasonnées des armes de France, de six cent soixante et un papillons portant sur leurs ailes les armes de Bourgogne et plus de sept cents trèfles brodés sur toile de lin en fils d'argent, d'or et de soie. François Michel dit : " Broder fut même, jusqu'à la fin du XVI ème siècle, une branche sérieuse, estimable de la peinture ; l'aiguille, véritable pinceau, se promenait sur la toile et laissait derrière elle le fil teint en guise de couleur, produisant une peinture d'un ton soyeux et d'une touche ingénieuse, tableau brillant sans reflet, éclatant sans dureté ". Il était de tradition dans certaines maisons princières comme la première Maison d'Orléans de protéger la profession de brodeurs. Lors de son accession à la couronne, Louis d'Orléans, Louis XII, favorisa par ses commandes les brodeurs de sa bonne ville de Blois comme son épouse Anne, Duchesse de Bretagne favorisa les brodeurs bigoudens. Parmi ceux ci Girard Odin, Esterlin de Dru, Jean Gallant, Guillaume Martin ou la dynastie des Galles. Les dames de la plus haute noblesse brodaient suivant en cela l'usage de la plus lointaine antiquité. Ainsi la reine Catherine de Médicis, épouse de Henri II roi de France, passait " fors son temps, les après dînées à besogner après ses ouvrages de soye où elle était tant parfaite qu'il était possible ".

Au XVIII ème siècle, la broderie se généralisa sur les vêtements et devint surtout l'apanage de l'ameublement : panneaux muraux, majestueux baldaquins, couvertures de lit avec des broderies en chenille de soie, paravents somptueux…

La broderie établie à Lyon sera une branche estimable de l'industrie de la soie. Les broderies de Milan et de Venise étaient alors de grande renommée mais excessivement onéreuses. Vers 1778-1780, la broderie devint si importante et célèbre dans le monde entier, tant pour les vêtements d'hommes et de femmes, les bas de soie, les ornements d'église et les étoffes d'ameublement que sur les 20000 personnes que Lyon faisait vivre, il y avait plus de 6000 brodeurs. Les fabricants de Lyon marièrent les chefs-d'œuvre de la navette à ceux de l'aiguille.

Pour la composition des broderies on avait recours aux plus célèbres dessinateurs : parmi eux, Philippe de Lasalle qui réalisa, entre autres, cette tenture brodée au point de chaînette sur satin blanc pour le Trianon à Versailles ; Bony, dont le chef-d'œuvre est la tenture entièrement brodée sur fond de satin de soie de couleur en or et en chenille pour le petit salon de l'impératrice Marie-Louise à Versailles, malheureusement elle ne fût jamais mise en place et se trouve au Mobilier National.

La chute de la monarchie, le désastre du Second Empire feront disparaître du costume des fonctionnaires les broderies. Actuellement seules les Académies et particulièrement l'Académie Française, conservent un costume brodé en soie baptisé l'habit vert en raison de ses broderies de feuilles vertes. La désuétude aux XX ème siècle des cérémonials, des cultes fait que les ornements s'appauvrissent pour devenir quasi inexistants. L'église dont le rôle fut essentiel dans certains domaines artistiques (orfèvrerie, broderie…) durant des siècles a rejeté toute cette tradition, qui assurait à de nombreuses ouvrières et ouvriers un juste salaire et enrichissait d'œuvres le patrimoine national. Au nom de l'uniformisation, il est triste de constater que l'on condamne une profession à une quasi-confidentialité.

Les Suisses mécaniseront la broderie avec le métier de Saint-Gall, au XIX ème siècle. Dans la broderie mécanique, il est généralement employé la rayonne (viscose), souvent appelée soie artificielle malgré l'interdiction de la loi. Il est frustrant de nos jours de voir souvent des modèles de Haute Couture curieusement brodés avec cette matière et laissant croire à de la soie naturelle Cependant notons qu'en Afrique le fil de soie naturelle est utilisé pour la broderie à la machine sur les boubous, particulièrement en Mauritanie.

La broderie avec ou sans fil d'or et d'argent, a joué un rôle très important dans tout le bassin méditerranéen et plus particulièrement dans l'Empire Turc.

Les couvertures de cénotaphes, les mouchoirs, les bandeaux, les écharpes, les voiles, les tapis de prières, les vêtements du XVI ème au XIX ème siècle exposés au musée Topkapi Sarayi d'Istanbul constituent une des plus formidables collections mondiales du genre. Son importance est liée aux traditions et aux goûts raffinés des Turcs. Il semble que la broderie fut aussi à la mode aux XIV ème et XV ème siècles à la cour des Mamelouks. La plus ancienne mention de broderies au palais se trouve dans le registre du trésor du Sultan Bâyazit de 1504, où parmi les objets cités figurent des coussins et des traversins brodés de fils de métal ou de soie de couleur.

Les brodeurs employés au palais pouvaient être originaires d'autres contrées (Tabriz, Bosnie, Hongrie, Géorgie) comme le mentionne un registre de 1526. Ces brodeurs avaient une remarquable dextérité. Les broderies d'or étaient exclusivement l'œuvre des hommes comme à Byzance. Les broderies en soie étaient exécutées sur commande par des femmes, soit au harem, soit hors du palais. La réputation des broderies turques s'étendit à toute l'Europe, le sultan offrant aux ambassadeurs ou adressant par ses ambassadeurs aux souverains des tissus brodés (carquois, tapis, selles…).

Au XVIII ème siècle, les nobles de Hongrie et de Transylvanie achetaient à Istanbul différents textiles et broderies. Une des plus remarquables pièces de cette époque est un cadeau adressé à Alphonse de Suède : " un tapis de selle de velours cramoisi brodé de fil d'or avec un motif de feuillages stylisés et de grenades renfermant des petits bouquets ". Lorsque les missions diplomatiques s'établirent au XVIII ème siècle à Istanbul, l'influence européenne imprégna les broderies ottomanes. Comme en Occident, les travaux d'aiguilles (sûzemi en persan) furent très appréciés et ornèrent à profusion aussi bien les vêtements que l'ameublement. Cette mode se prolongera pendant tout l'Empire Ottoman avec un luxe infini (broderies de perles et de diamants).

Les tissus brodés étaient faits en divers lieux, au Palais, en ville, à Istanbul, Edirne, Bursa ainsi que dans d'autres centres réputés comme Aydin, Bandirma, Karaman, Rhodes, Salonique ou en Thrace et en Crète.

 

 

Beaucoup d'autres pays eurent des brodeurs remarquables sur le pourtour de méditerranée : à Bône en Algérie, Fès, Mekhnès, Rabat, Salé, Tétouan, Checaouen et Azemour au Maroc. Les broderies marocaines sont d'origine hispano-mauresque. Celles de Tétouan en sont les meilleurs exemples. Cette origine s'explique par le fait qu'à sa destruction en 1401 par le roi de Castille Henri III, ses habitants furent exilés en Espagne. Après la chute de Grenade en 1492, les réfugiés de Cadiz, Baeza, Almeria dont les tissages étaient célèbres, se réinstallèrent à Tétouan, enmenant avec eux la tradition des broderies hispano-mauresques aux origines coptes et orientales. A Tétouan, il faut adjoindre Fès et Salé. Fès, capitale intellectuelle et raffinée produisit des broderies en soie monochromes sur des tissus fins exécutées à points comptés sur métier. Ces broderies ont une grande similitude, et pour cause, avec celles d'Andalousie. Quant à Salé, elle offre des broderies raffinées. Ce sont des ouvrages à fils comptés, sans envers monochrome ou à deux ou trois tons.

La broderie de soie est née à Alger durant les trois siècles de domination ottomane (du XVI ème au XIX ème siècle). D'une surprenante beauté, ces broderies s'exécutent d'après un tracé et à fils comtés sur des métiers à bras. Les décors sont pour la plupart floraux à dominante violette, soit rouge et bleu sur fond d'étamine de lin de couleur bistre. Elles sont destinées au costume ou à la décoration intérieure et furent longtemps l'apanage des femmes de la haute société. Le plus bel exemple de broderie d'Alger conservé en France est le voile de la Vierge de la cathédrale de Chartres appelée : Notre-Dame du Pilier.

La broderie en Russie ne peut être évoquée sans parler des magnifiques et somptueuses icônes brodées. C'est au XV ème siècle que débuta l'activité des Stroganov, manufacturiers et hommes d'affaires dont l'apogée aura lieu au XVII ème siècle et dont l'importance culturelle s'étendra sur plusieurs siècles (jusqu'en 1923).

A la fin du XVI ème siècle, naît l'atelier de broderies de Sol'vytchegodsk, berceau de la famille. Avant sa création, les broderies étaient réalisées dans les ateliers du Tsar et de la princesse Eusophine Staritski.

L'Atelier des Stroganov était placé sous la direction des femmes de la maison comme le voulait l'ordre social en Russie. Ces femmes étaient l'honneur de la famille et de leur pays. Elles ont pour nom : Euphraxie Feorovna, Eudoxie Nesterovna, Anne Ivanovna Zlobine.

Dés leur création, les ateliers porteront l'art de la broderie à un très haut niveau de beauté. Certaines pièces comme un epitaphios d'un mètre sur deux représentait trois années de travail. Cette broderie était l'art d'une élite et un acte personnel (choix des couleurs, expression du motif). Un acte de foi conçu et réalisé dans un but bien déterminé. Leur intérêt historique et artistique est essentiel. L'apogée de la broderie stroganovienne eut lieu dans la seconde moitié du XVII ème siècle. Toutes ces broderies essentiellement religieuses étaient effectuées sur des tissus de soie avec des fils de soie plats et retordus ainsi qu'avec des fils d'or.